Il y a quelques années, j’ai perdu mon père. 

Comme beaucoup, j’ai été une adolescente, puis, une jeune femme blessée, cachée derrière un voile de protection que j’avais moi-même créé. Peut-être pour qu’il ne laisse pas transparaître ma tristesse et mon manque d’amour. Surtout pour qu’il me mette à l’abri de nouvelles douleurs… Et pendant tant d’années, j’ai été incapable de réelle empathie vis-à-vis de tout adulte, incapable de faire confiance, incapable d’aimer vraiment. 

Puis, est venu ce jour où j’ai vu mon père sur son lit d’hôpital. Il était dans un état grave et quand je lui ai demandé comment il allait, digne, comme il a toujours voulu l’être, presque convaincu par ses mots, il m’a dit : « Je vais bien ». 

En une fraction de seconde, m’est apparu clairement que celui qui avait si longtemps ignoré mon besoin d’attention et d’affection, mettait un point d’honneur à ignorer sa propre douleur et son mal-être. C’est ce qu’il avait fait jusque-là tant de fois, noyant ses peines de multiples façons et veillant à faire bonne figure quelles que soient les circonstances. J’ai pensé : «Même si j’ai de la rancœur, personne, absolument personne ne mérite de souffrir de cette façon ». Devant toute ma famille, j’ai poussé un soupir de douleur et j’ai éclaté en sanglots, des sanglots bruyants et incontrôlables... 

J’ai pleuré pendant de longues minutes, gênée et aussi consciente que quelque chose s’était produit, une porte s’est ouverte dans mon cœur : celle du Pardon.

 Cette expérience a transformé mon existence. J’ai accompagné mon père avec une infinie tendresse durant les dernières semaines de sa vie. Je suis devenue capable d’aimer, d’éprouver au quotidien de l’empathie et une profonde gratitude. J’ai reçu l’immense cadeau du pardon, pour moi et pour les autres. 





Ressentir de la rancœur, du ressentiment, de la haine est naturel et très compréhensible. 

Mais il va de soi que ces émotions négatives, si elles perdurent, sont un poison qui s’infiltrent en nous, qui peut altérer notre santé mentale ou physique (par ex,  entrouvrir la porte à des énergies noires qui peuvent nuire à notre bon fonctionnement et à notre évolution). 


Pour nous en libérer, nous devons pouvoir : 

*reconnaître que ressasser, réveiller le souvenir des événements qui nous ont heurtés, ravive constamment la douleur ; qu’en revivant l’offense, nous nous faisons du mal à nous-mêmes ; 

*admettre les blessures infligées, le besoin en nous qui n’a peut-être pas été exprimé mais qui n’a pas été satisfait et le deuil à faire d’une attente que nous portions ; 

*accepter notre colère ; 

*nous avouer que nous n’avons pas su nous défendre, nous protéger de cette blessure et nous pardonner à nous-mêmes pour cela. 


Une clé de libération est d’essayer de comprendre notre offenseur. Il ne s’agit pas de le disculper mais plutôt de tenter de saisir quel est son moteur. Qu’est-ce qui dicte sa façon d’agir : Le besoin d’humilier ? De dominer ? De valoriser son égo ? Quoiqu’il en soit, il est possible d’ancrer en nous que notre offenseur a ses propres limites et que son comportement à notre égard a été dicté par ses blessures, ses croyances, ses préjugés, ses vieux schémas … 

Il est alors aussi possible de saisir que nous ne devons pas en faire une affaire personnelle et que l’acte de nuire, que l’offenseur en ait ou non conscience, ne parle que de lui. Que de lui. 

Il est aussi alors envisageable de cesser de le juger et de mettre les événements à distance. 


Enfin, comment pouvons-nous tirer un enseignement positif et utiliser cette douleur pour évoluer ? Que nous avons appris à mieux nous connaître, à moins dépendre de la considération des autres, à dire « non », à mieux nous défendre, … ? 


Ce qui nous empêche de pardonner, ce sont parfois des croyances 

*Pardonner, c’est oublier : Tirer les différentes leçons de l’événement, de la douleur, c’est grandir et c’est tout sauf oublier. Mais c’est ouvrir la porte du lâcher-prise. 

*Pardonner signifierait se réconcilier : Se réconcilier ou non est un choix qui n’est pas obligatoirement lié au chemin du pardon. 

*Pardonner signifierait renoncer à ses droits : Faire respecter nos droits, c’est nous respecter nous-mêmes, même si nous avons fait le choix de pardonner. 



Emprunter la voie du pardon (pour nous-mêmes ou pour autrui), 

c’est offrir à notre âme le cadeau de la légèreté et celui de l’Amour


Ouvrir notre cœur et pardonner nos ‘erreurs’ (qui sont plutôt des expériences de vie et autant d’occasion d’apprendre), arrêter de nous juger, prendre soin de nous, nous regarder avec tendresse. 

Doucement, ne plus juger ‘les autres’ :   

Observer, comprendre, laisser glisser, regarder avec bienveillance, 

reconnaître chez eux nos propres faiblesses, accueillir avec humilité, pouvoir réconforter, …   

Reconnaître nos indélicatesses et nos erreurs, demander pardon, 

s’émouvoir de la réconciliation, savourer le bonheur de l’authenticité…

Laisser la douceur et l’amour prendre sa place dans notre cœur et avec lui, la joie, la paix et la gratitude…   Elever notre conscience et laisser la lumière rayonner de notre âme pour le plus grand bien de tous…